Nature - N°66 - Février/Mars 2008

Disparition du grand tétras dans les Alpes

Le grand tétras, oiseau emblématique des montagnes, est désormais considéré comme une espèce éteinte dans les Alpes françaises. D’autres espèces d’oiseaux sauvages sont en mauvaise posture.

 

ara66-2a.jpg2007 est considérée comme l’année d’extinction du grand tétras dans les Alpes françaises. Il y a trente ans ils étaient encore entre 25 et 30 couples. Cette espèce est en décroissance constante dans l’ensemble des massifs français et ne serait plus présente que dans le Jura, les Vosges et les Pyrénées. Sa réintroduction dans certains secteurs, comme le parc naturel des Cévennes où toutes les conditions semblaient favorables, est loin d’être une réussite. Sur plusieurs centaines d’animaux réintroduits en 1977, il n’en reste que 20 à 25, trente ans plus tard.

«Le grand tétras fait partie de la famille des tétraonidés tout comme le coq de bruyère ou petit coq, ou encore tétras-lyre. Chez nous c’est une espèce relique glaciaire, explique Bernard Bachasson de la Fédération Rhône-Alpes de protection de la nature (Frapna), également membre du Comité départemental de la chasse et de la faune sauvage (CDCFS). C’est un volatile qui pèse entre 4 et 5 kg. Il est très abondant dans les pays de l’Est. Nous sommes, sur un plan géographique, à l’extrémité de son aire de fréquentation et les conditions météorologiques ici ne lui sont plus favorables. En Haute-Savoie, la dernière femelle de grand tétras repérée l’a été sur le plateau de l’Oex, au-dessus de Taninges, en 1992. C’est le secteur le plus proche du Jura, ce qui expliquerait sa présence sur ce plateau. Des personnes ont entendu des mâles chanter dans les années 80-90. C’est une grosse perte pour la biodiversité parce que c’est un animal emblématique des Alpes.» Le grand tétras n’a pas été revu en Haute-Savoie depuis 2000.

ara66-2b.jpgLes causes de sa disparition sont méconnues et certainement multiples. «Il y aurait l’exploitation forestière, les pistes, le tourisme de neige. Mais nous savons que le bruit et la fréquentation ne lui sont pas forcément défavorables. C’est le dérangement hivernal qui est surtout dangereux.» Des études montrent que le développement des sports d’hiver amène une affluence dans des zones où la faune n’a pas toujours la possibilité de s’adapter à ces dérangements répétés durant plusieurs mois. Comme le grand coq qui, en hiver, passe plus de vingt heures par jour au repos dans des igloos pour se protéger du froid et des prédateurs. Il prise en général les zones de pâturages boisés et de lande, situées entre la forêt subalpine et les pelouses de haute altitude. «C’est une ambiance générale qui lui est de moins en moins favorable, souligne Bernard Bachasson. C’est la raison pour laquelle nous hésitons à le réintroduire. Nous y pensons mais nous sommes très circonspects quand nous voyons les résultats dans les Cévennes alors qu’ils avaient, a priori, toutes les conditions pour réussir. Une réintroduction faite correctement demande beaucoup d’argent. Il n’y a qu’à voir pour le gypaète barbu. Et nous aurons aussi des problèmes d’approvisionnement. Surtout s’il faut aller vers la Sibérie pour trouver des animaux. En Haute-Savoie nous travaillons à des réserves biologiques intégrales. Ce travail peut être préparatoire à la réintroduction du grand tétras.»

 

D’autres espèces menacées

 

Le petit coq, le lagopède alpin ou perdrix des neiges mais aussi la bartavelle sont des oiseaux menacés localement. «Pour le petit coq nous avons un suivi très fin et un contrôle strict pour les plans de chasse. Nous effectuons des comptages au chant du mâle en mai et sur les petits par poule avec chiens d’arrêt. Nous savons que dans certains secteurs il est en diminution, d’autres en augmentation et ailleurs la population stagne. Les autorisations de tir se font sur quelques mâles seulement. Pour le lagopède alpin, sa population est en régression alors que la moitié vit dans des réserves. Il y aurait plusieurs facteurs pour l’expliquer comme les problèmes climatiques et la surfréquentation humaine de la montagne. Quant à la bartavelle ou perdrix des montagnes elle a surtout souffert de la diminution de l’agriculture de montagne comme les cultures de céréales.»

Toutes ces données montrent que le milieu naturel demeure fragile et que le modifier peut entraîner la régression voire la disparition de certaines espèces.

 

Photos de Bernard Bellon

En haut : Le grand tétras, oiseau emblématique des montagnes, est considéré comme une espèce éteinte dans les Alpes françaises. Ci-dessus : Le petit tétras, ou tétras-lyre, fait l’objet d’un comptage très précis chaque année pour suivre l’évolution de cette espèce.

Commentaires des internautes
fran - le 08/01/2010 à 16:32
je pense avoir vu un grand tétras au dessus de Nevache vers 1800 mètres d'altitude(près de Briançon) le 1e janvier 2010, chassé par un couple de grands corbeaux qui lui piquaient dessus, il a fini par s'envoler dans un mélèze et son envergure était impressionante, ma photo est floue et lointaine pais je veux bien vous l'envoyer
Colin fran - le 08/01/2010 à 16:33
A propose du grand tétras aperçu dans la vallée de Nevache, j'ai oublié de laisser mon mail
Guy F - le 26/06/2011 à 20:43
On a bien réintroduit le gypaète! Pour le grand tétras, il faudra récréer des secteurs forestiers proches de la forêt primitive,avec très peu de dérangement, mais c'est à moyen terme une exigence fondamentale! cette espèce est tout à fait emblématique d'un milieu montagnard sain,diversifié,authentique.
Nawratil Jacques-André - le 27/11/2013 à 17:55
Lorsque j'ai appris que l'on avait abattu 250 bouquetins dans le massif du Bargy,j'ai ressenti à la fois un sentiment de révolte et après réflexion, je me suis demandé si la brucellose n'est pas plutôt transmise par le mouton et non pas par le bouquetin, car je pense qu'il y a beaucoup trop de moutons dans nos montagnes et que les maladies sont transmises par ceux-ci.Le chamois risque bien de subir le même sort.Qu'en pensez-vous?
Maxime C - le 06/01/2014 à 12:42
Bonjour,
En effet, il est probable que la brucellose soit issue des élevages ovins, mais cela n'a pas été vérifié. A mon avis, le nombre de mouton dans les montagnes n'est pas plus important qu'il y a 50 ans c'est juste que les pratiques ont changées. Avant il y avait plus d'éleveurs et donc plus de petits troupeaux répartis un peu partout. Maintenant il n'y a que quelque gros éleveurs avec des troupeaux très importants. Ce qui commence a poser des problèmes a cause du surpâturage local et peut être bien des maladies qui se propagent plus facilement dans les gros troupeaux...
Pour le chamois, j'ai entendu dire que des chasseurs avaient retrouvés des individus contaminés dans les bauges mais ça reste des on-dits et au pire quelques cas isolés et les chamois n'ont pas le même comportement grégaire que les bouquetins donc a mon avis moins de chance que ça se propage chez eux. Pour moi le Bargy ça a été fait "à la va vite" je vais pas m’étaler la dessus mais pour ceux qui veulent un doc que j'ai trouvé intéressent: http://rhone-alpes.lpo.fr/IMG/pdf/2013_09_12_dossier_de_presse_bouquetins_du_bargy.pdf
Pour le grand tétra, on note une augmentation des surfaces forestières dans nos montagnes ces 20 dernières années notamment à cause de la déprise agricole, je pense que c'est une opportunité à saisir pour réintroduire cette espèce qui en plus d'être esthétique fait partie d'un écosystème mis à mal par les actions humaines.
Nawratil Jacques-André - le 10/01/2014 à 10:46
Je vous remercie de m'avoir répondu.Je pense que les troupeaux de moutons sont trop vite lâchés dans les combes des Aravis, au temps de la floraison c'est dommageable pour la flore. Ne faudrait-il pas les lâcher plus tard?
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